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lundi 15 août 2016

Pourquoi nos enfants ne retourneront pas à l’école en septembre


A la rentrée de septembre, Ilyan et Nayla ne retourneront pas à l'école. Nous ne les avons pas réinscrit. 
La raison de cette décision surprenante est très simple, évidente même, au point que nous regretterions presque de ne pas l'avoir prise avant. Ce voyage autour du monde nous a donné l’occasion de leur faire nous-même l’école (nous, c’est-à-dire parents et grands frères et sœur). Et tout a changé…

Malgré des enseignants souvent de qualité et un suivi proche, il faut bien avouer que nos deux plus jeunes (10 ans au moment du départ) étaient à la limite de ce qu’on appelle « l’échec scolaire » : lire, écrire et compter étaient encore des défis, et même plus souvent des défaites que des succès. Pour Ilyan, la lecture était un chemin de croix ; pour Nayla, c’était le calcul et les mathématiques de manière générale qui ne « passaient » pas. Pour les deux, l’orthographe restait un grand mystère…

Aujourd’hui, les deux écrivent avec plaisir. Après avoir lu « Le Lion » de Joseph Kessel, Ilyan a été très en colère contre l’auteur. Trouvant que la fin ne lui convenait absolument pas, il a décidé d’écrire « Le Lion 2 », et s’y est vraiment mis. Pour l’instant, Patricia est enfermée dans sa pension mais il a un plan pour l’en faire sortir… Nayla écrit de jolis petits textes descriptifs s’obligeant à réutiliser certains des mots compliqués qu’elle rencontre au gré de ses lectures. Ils se sont lancés, faut-il le préciser, sans même que nous ne leur suggérions quoi que ce soit.

Les tables de multiplications sont enfin maîtrisées. Les 4 opérations quotidiennes que nous leur avons faites faire (une addition, une soustraction, une multiplication et une division, à plusieurs chiffres et avec des décimales), ne leurs posent quasiment plus aucun problème et leur ont permis d’acquérir les réflexes de calcul.  Là aussi, ils sont autonomes : ils définissent les opérations à tour de rôle et se corrigent ensemble. Nous n’intervenons que pour la correction finale, qui, maintenant, n’est souvent plus nécessaire.

Ils ont adoré l’histoire et se sont intéressés aux sciences, se souvenant des mois après des grandes dates de la révolution française ou du positionnement des capteurs de goût sur la langue. S’ils ne connaissent pas la liste des préfectures et des sous-préfectures (mais comment a-t-on pu imaginer un jour que cela pourrait intéresser des enfants ou même leur être d’une quelconque utilité ?), ils savent décrire les différents types de climat et ont appris sans difficulté les altitudes des sommets montagneux français. 


Comment ont-ils réussi ce miracle ?

Il y a nous semble-t-il plusieurs raisons à cet incontestable succès.

Une classe de deux élèves et deux heures de classe par jour. En fait ces deux raisons vont ensemble. C’est parce qu’ils n’étaient que deux, qu’en deux heures la plupart du temps, l’école était pliée. Car, avec des classes de 25 ou 30, c’est à coup sûr une toute autre paire de manches. En deux heures, avec des enfants attentifs, curieux, qui ne sont pas constamment distraits par des camarades plus turbulents (et il y a toujours un moment où un enfant va lâcher l’affaire en classe et perturber les autres), on arrive à faire beaucoup de choses. A tous les parents qui se disent qu’il y a là un luxe dont ils ne disposent pas, ces deux heures de temps quotidien qui seraient nécessaires pour enseigner un programme de primaire, je demande simplement de faire le calcul des heures qu’ils passent avec leur enfant pour les aider (souvent difficilement et dans un grand stress) à faire leurs devoirs, le temps où ils les transportent, les attendent et les ramènent de l’école, le temps qu’ils passent avec les enseignants en réunions ou en sorties scolaires…  Nous avons fait le calcul et en ce qui nous concerne la conclusion s’est imposée d’elle-même.

Ceci étant dit, je reconnais que l’équation n’est sans doute pas la même pour des parents qui vivent en ville et qui travaillent. Pour nos enfants, qui vivent à la campagne et trouvent donc facilement de quoi s’occuper dans les heures restantes de la journée après avoir fini l’école, les quelques heures de cours dirigé par un adulte ne sont qu’une petite partie d’une longue journée de jeux, d’activités sportives ou artistiques et d’apprentissages en tous genres.

Un enseignement contextualisé. Rien de tel pour apprendre l’altitude des sommets que de le faire depuis une chaîne montagneuse. En Himalaya, nous étions à 2000 mètres d’altitude, et devant nous, les hauts sommets du toit du monde (6000 m et plus) se révélaient dans toute leur majesté lorsque les nuages consentaient à se disperser. On voyait alors les « petits » et les « grands » sommets devant nous. S’imaginer sur les cimes des uns, mesurer la différence de hauteur entre deux montagnes et évaluer ce que cette différence représentait comme effort de marche ou comprendre pourquoi la neige n’apparaissait que sur certaines d’entre elles, tout cela a sans doute contribué à faciliter la mémorisation des altitudes des sommets alpins, jurassiens ou pyrénéens. Pareil pour le climat (nous en avons traversé beaucoup), ou pour la plupart des chapitres en sciences naturelles. En ce qui concerne l’Histoire, celle avec un grand « H », la contextualisation est passée par … l’histoire avec un petit « h ». C’est dans la façon dont on leur a raconté la civilisation gallo-romaine, le règne tumultueux de Louis XIII, les faiblesses de Louis XVI, les grandes batailles de Napoléon, les espoirs et les heures noires de la révolution, que s’est construit leur intérêt. La mémoire des faits et des dates vient après la narration. L’analyse critique suit derrière parce que les enfants, lorsqu’ils ne sont pas contraints à se taire et à attendre que « ça se passe », sont de grandes machines à pourquoi : Et pourquoi Napoléon est-il allé en Russie ? Pourquoi Ravaillac détestait-il Henri IV ? Pourquoi les anglais et les français se faisaient-ils toujours la guerre ?  

On me rétorquera que rares sont ceux qui habitent les hauts plateaux andins ou sur les pentes de l’Himalaya, et que tout le monde ne connait pas les raisons qui ont poussé Bonaparte à envahir la Russie ou Louis XVI à fuir Paris. Certes… mais c’est malheureusement la preuve que notre système scolaire a échoué à intéresser de futurs parents à ce qui pourtant constituait le cœur de son enseignement en classe primaire. A quoi bon donc continuer à bourrer le crâne de nos enfants si c’est pour qu’ils ne soient même pas capables d’en parler plus tard à leur progéniture ? Car reconnaissons-le : on a rarement besoin de savoir l’altitude du Mont Blanc pour obtenir un travail, et je parie qu’aucun d’entre nous ne s’est trouvé dans un dîner où sa connaissance de l’anatomie détaillée de l’intestin lui a permis de briller… Et je ne mentirai pas : à chaque fois qu’il m’a semblé que mes connaissances dans une matière étaient trop légères pour pouvoir répondre aux flots de questions qui ne manqueraient pas d’arriver, je me suis « rééduqué » avant de commencer, grâce aux ressources extraordinaires qui existent sur Internet.

Des enseignants qui aiment leurs élèves. Il y a deux façons de voir l’enseignement. La première, mécaniste, procédurale, est fondée sur la conception de programmes précis, d’emplois du temps découpés à la minute, de tests standardisés. Cette approche, c’est celle qui prévaut dans les systèmes publics du monde entier et dont nous avons pu mesurer qu’elle ne convenait pas à Ilyan et Nayla.

Il y en a heureusement une autre, défendue avec passion par des éducateurs comme Ken Robinson (https://www.ted.com/talks/sir_ken_robinson_bring_on_the_revolution) ou Rita Pierson (https://www.ted.com/talks/rita_pierson_every_kid_needs_a_champion), qui met la relation élève-professeur au cœur du processus d’apprentissage. Pour Pierson, un professeur qui n’aimerait pas ses élèves ne pourra jamais rien leur enseigner. Or, combien de professeurs négligent aujourd’hui cette dimension humaine et affective dans leur pédagogie, voire même ressentent du mépris pour leurs élèves, pour le milieu de nouveaux riches ou de banlieusards incultes dont ils viennent, pour leur comportement grégaire, leur impolitesse, leur croyance religieuse ou leur fascination pour les jeux vidéos?      

Des enseignants comme cela, nos enfants en ont peu connu, mais les chances de tomber sur de tels spécimens augmentent avec l’entrée au Collège… En tout état de cause, ils ont bénéficié cette année passée, de professeurs aimants et attentionnés, certes parfois un peu agacés ou irritables, mais se considérant toujours et avant tout comme les parents et les frères et sœurs de ces deux jeunes élèves, c’est-à-dire avec un amour naturel pour eux qui passait bien avant le nombre de fautes à la dictée ou la énième erreur de calcul. Lorsque l’on enseigne à un enfant que l’on aime, on ne se décourage pas : on continue en cherchant d’autres solutions d’autres approches, d’autres procédures. Et on les trouve.     

Est-ce qu’on peut aimer 25 élèves en même temps, et créer avec chacun d’entre eux cette relation, cette connexion personnelle qui est indispensable à la transmission ? Cela nécessite en tout cas des professeurs dotés de capacités d’empathie extraordinaires.



Pendant notre voyage autour du monde, le film (« Les profs ») qu’Ilyan et Nayla ont vu et revu et dont ils sont encore capables de rejouer des passages entiers en riant aux éclats, est une comédie un peu lourdingue avouons-le qui met en scène un groupe de professeurs « nuls » qui essaient de faire passer le bac à des adolescents récalcitrants…

C’est pour éviter qu’ils n’en arrivent vraiment à détester l’école, leurs professeurs et les enseignements qu’ils pourraient y recevoir que nous avons décidé de continuer l’expérience à la maison.

5 commentaires:

  1. Mon château de cartes! Qui a mis un coup de pied dans mon château de cartes? Merci de nous faire partager votre expérience et vos réflexions. Tout cela si évident et troublant à la fois.

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  2. On est avec vous dans cette aventure. Nous aussi mettons les voiles dans qq mois. Gros Bisous et à tres bientot au Maroc. Sam et Eug

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  3. C'est retrouver l'inspiration de l'ouvrage qui avait fait tant de bruit en son temps "Libres enfants de Summerhill". Pourtant, c'est peu dire que cette approche apparaît aujourd'hui plutôt désuète. En même temps, on critique beaucoup aujourd'hui le "pédagogisme", qui serait largement responsable du manque de transmission de connaissances de base solides aux jeunes générations. Comment concilier ces visions contradictoires ? L'essentiel n'est-il pas de transmettre à nos enfants un certain nombre de valeurs, parmi lesquelles la curiosité intellectuelle et le goût d'apprendre ?

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  4. Bonjour

    Je suis étudiante en troisieme année de licence en Sciences de l'Education - Sciences Sociales à l'Université Paris Est Créteil.

    Dans le cadre de mes études, je réalise un mémoire sur l'école à la maison. Un ami m'a donné le lien de votre article, que j'ai trouvé très interessant. Serait-il possible que vous m'envoyiez un mail sur mon compte (louiseannartk@gmail.com), afin qu'on puisse parler autour de ce sujet ? J'ai également deux questionnaires sur l'école à la maison (un pour les parents, et un pour les enfants), que j'aurai souhaité vous soumettre, afin de profiter de votre avis et de votre expérience.

    Bien à vous,

    Louise-Anna Roitfeld t'Kint

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  5. Salut Cher Ahmed.
    C'est un plaisir de découvrir ton blog ...un autre talent caché !
    je me suis toujours posé cette question de l'école Napoléonienne très (trop) encadré et formatant mes enfants depuis leur tendre enfance.
    je rêve d'une école buissonnière...à la maison avec les parents, grands parents, oncles et autres animaux domestiques...bref découvrir la science ...apprendre autrement que dans une classe ultra-bandée et très compétitive.

    Les enfants apprennent à se faire mal dès l'enfance à cause de la pression des parents pour les résultats ...ils veulent que leur enfants soient les premiers de la classe à tout prix...y compris la triche parfois. Triste constat.

    Au plaisir de te lire.

    Driss CHOUKRI.

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